En dépit d’une ascension fulgurante ces dernières années, l’écosystème des startups françaises traverse une période particulièrement difficile ces dernières années. Alors que l’année 2023 avait déjà été marquée par un record de 43 fermetures, ce qui annonçaient déjà pas un avenir très prometteur pour l’écosystème de la French Tech, l’année 2024 s’est révélé encore plus catastrophique ! Avec une défaillance du secteur sans précédent, le nombre de faillites dans la French Tech, 64 au total, a dépassé celui des levées de fonds en série A. Un fait inédit qui reflète une conjoncture économique et géopolitique assez catastrophique. Selon une étude menée par ScaleX Invest portant sur 1487 startups françaises fondées après 2005 et ayant levé au moins 5 millions d’euros, c’est-à-dire post série A, il y a eu 28 faillites, 29 procédures collectives et 7 rachats en 2024. L’étude relève également que ce sont les startups âgées de 6 à 8 ans qui sont les plus vulnérables, malgré un bon début de maturité. Ce palier d’âge, souvent critique, correspond à une phase de passage à l’échelle, suite à une période d’hyper-croissance, durant laquelle les entreprises doivent stabiliser leurs opérations tout en maintenant une croissance rapide. Preuve que l’ancienneté ne garantit pas la pérennité, même les startups plus matures, âgées de 9 à 12 ans, ne sont pas épargnées par les difficultés financières. Pour donner quelques chiffres qui illustrent de manière réaliste la situation, le mois de février 2024 à clairement été le mois le plus catastrophique de ces dernières années, tirant à juste titre la sonnette d’alarme. Ce mois-ci, les startups françaises n’ont levé que 294,1 millions d’euros au cours de 45 opérations, un montant qui s’est révélé particulièrement faible depuis les enregistrements de février 2021. Avec un tour de table à hauteur de 55 millions d’euros, c’est la fintech 73 Strings, spécialisée dans la création d’approche automatisée, dynamique et plus fiable de la gestion d’actifs alternatifs qui a réalisé la plus grande levée de fonds de février 2024 avec 55 millions d’euros. Elle est suivie de Riot qui propose des solutions de cybersécurité pour les salariés, et de EG 27 qui développe des thérapies géniques ciblant les maladies chroniques fréquentes, qui ont respectivement levé 30 millions et 27 millions d’euros. Sans grande surprise, les secteurs les plus prospères appartiennent au monde de la biotechs et de la greentech, qui ont généré au total 73 millions d’euros, au cours de 6 levées de fonds. Suivi de près par les entreprises qui exercent dans le domaine de la fintech et de la cybersécurité. De manière générale, la faillite d’une jeune entreprise se manifeste 3 ans après le premier tour de financement, ce qui souligne la dépendance excessive de nombreuses startups françaises aux levées de fonds. Les entreprises qui sont le plus à risque sont celles qui ont un faible chiffre d’affaires par employé et des marges négatives récurrentes. À l’inverse, les startups fondées après 2020 semblent se montrer plus résistantes grâce à des modèles économiques orientés vers une rentabilité rapide et sont moins dépendantes des financements externes. Cette situation met en évidence la nécessité pour une startup d’avoir une croissance équilibrée, où le développement va de pair avec la rentabilité plutôt que d’un modèle exclusivement axé sur l’expansion et la recherche de financement externes, estime ScaleX Invest. Comme évoqué ultérieurement, le contexte économique et géopolitique actuel est loin d’être favorable à l’expansion du secteur de la French Tech, les startups peinent à trouver de quoi se financer. Cette dynamique s’explique par plusieurs facteurs! Tout d’abord les conséquences de la crise post-COVID sont toujours présentes, ensuite les tensions géopolitiques qui persistent, avec notamment la guerre en Ukraine, ainsi qu’une inflation assez tenace ont profondément transformé le marché du Venture Capital. En effet, « les liquidités se sont raréfiées, les valorisations ont chuté et les startups rencontrent de plus grandes difficultés à boucler des tours de refinancement », explique ScaleX Invest. Il existe un lien direct entre la crise du financement et la hausse des faillites, et c’est là que se pose le vrai problème : les startups dépendent beaucoup trop des levées de fonds, qui se font rares dans l’écosystème de la French Tech. L’avenir reste incertain pour l’écosystème français. Les fonds de capital-risque ont eux-mêmes besoin de liquidités, alors qu’ils n’ont jamais eu autant d’actifs sous gestion après une période extrêmement fructueuse marquée par des taux beaucoup plus bas. L’instabilité politique en France et la baisse du pouvoir d’achat des ménages viennent aggraver cette situation déjà complexe. Pour finir, il est donc crucial pour les acteurs de la French Tech de repenser leurs modèles économiques et d’anticiper les risques afin de surmonter ces défis. Espérons que ce climat ne soit qu’une étape transitoire et que les startups françaises parviendront à rebondir dans les années à venir.